Université Populaire du 14e

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Science, confiance et démocratie - Présentation détaillée du cycle

 

 

 

 

Science confiance et démocratie

Université Populaire du XIVe

 

Dans un contexte où les sciences (la science ?) sont de plus en plus asservies au seul objectif d’« innovation », la montée de revendications pour un contrôle citoyen de l’orientation des sciences et des technologies représente pour de nombreux scientifiques le danger d’un nouvel obscurantisme, d’un renforcement de l’utilitarisme et d’une perte d’autonomie supplémentaire.

 

Quel dialogue une société démocratique doit-elle et peut-elle instaurer avec des experts, scientifiques autoproclamés ou institutionnalisés, délivrant la bonne parole depuis les plateaux de télévision ?

 

 

Les Français, et au-delà les citoyens du Monde, ont-ils encore confiance dans la science titrait un article[1] de « The Conversation » en avril 2020 ?

Si l’interrogation n’est pas nouvelle[2], les récents développements des technosciences[3] (OGM, nucléaire, nano composants, virus à ARN…) et la pandémie en cours semblent avoir accentué ce déficit de confiance. Alors que la confiance dans la Science paraît stable[4], le déficit de confiance, pour une société pourtant supposée démocratique, dans le dire du scientifique serait-il le résultat  de « simples » fake News, de vérités alternatives, de la primauté de l’opinion sur le fait vérifié, d’une cacophonie[5] mal orchestrée des experts de plateau ou tout simplement de la politisation de la science via les choix politiques de certaines technosciences ?

Peut-on, et si oui alors comment, faire comprendre la différence entre d’une part un fait scientifique universel, souvent reproductible, voire réfutable, obtenu après une phase de gestation scientifique et d’autre part une simple opinion ?

A contrario la défiance envers la science, ou plutôt les experts, n’est-elle pas que la traduction du malaise démocratique[6] ? La démocratie a-t-elle besoin de la science[7], à défaut des scientifiques experts ?

En bref, à quel moment un scientifique d’une recherche impliquée[8], au sens du philosophe Léo Coutellec, devient-il un expert rejeté par certains de nos concitoyens et sa connaissance scientifique assimilée à des fake news ?

L’Université Populaire du XIVème aborde cette question controversée au travers de trois conférences du cycle « Science- confiance – démocratie » du 22/9 au 6/10 sur l’étude de deux exemples suivis d’une remise en contexte.

 

 

Retour sur la Convention citoyenne pour le climat[9]

Par Amy Dahan, mathématicienne et historienne des sciences, directrice de recherche émérite au CNRS.

A la différence de l’exemple précédent, celui-ci vise à aborder science, confiance et démocratie au travers d’un changement dramatique reconnu depuis longtemps, pour lequel, bien qu’il ait des enjeux à long terme comme la crise de la Covid-19, l’inaction publique continue à prévaloir.

Comme le rappelait récemment une chronique[10] à l’occasion de la COP26 à Glasgow, le changement climatique est un phénomène objet de consensus scientifique depuis des années, sans que les Etats ni les citoyens, dans leur vaste majorité, ne changent leurs pratiques hormis à la marge, habitués qu’ils sont du « greenwashing » et du refus des contraintes.

Pourquoi ne peut-on que constater l’absence de prise à bras le corps de la question du dérèglement climatique ? Les marchands de doute[11] de certains lobbies sont-ils responsables d’une incroyance dans l’énoncé scientifique[12] ? Les médias[13] ont-ils introduit le doute en donnant dans leurs interviews le même poids aux scientifiques du GIEC spécialistes du domaine qu’à quelques rares scientifiques contestataires, confondant ainsi controverse scientifique et controverse d’opinions ? Qui du politique[14] ou des citoyens, inquiets mais pas déterminés[15] à agir, refuse-t-il fondamentalement de changer les modes de vie connus jusqu’à présent ?

La « convention citoyenne[16] » française, si critiquée[17] pour son organisation, n’est-elle alors qu’une diversion politicienne[18] de plus ? Fondamentalement à quoi sert donc encore le GIEC puisque le consensus scientifique est atteint depuis de nombreuses années et que seule manque la volonté de changement ?

L’objectif de la « convention citoyenne pour le climat[19] » était le suivant : Sur la base d’auditions d’experts aux avis contradictoires et de synthèses de travaux (de chercheurs, d’organismes internationaux, et d’organisations de la société civile), les citoyens et citoyennes tirés au sort vont élaborer des propositions de lois et règlements qui vont permettre à la France de mieux lutter contre le changement climatique. À quel point a-t-il été atteint ? La convention peut-elle servir de modèle pour les choix à venir sur le climat et sur les autres sujets qui émergeront à plus ou moins longue échéance ?

 

 

Rationalité scientifique et politique de santé publique, l’exemple du Covid-19

Présenté par Alfred Spira, professeur honoraire de Sant publique et d’épidémiologie à la Faculté de Médecine de Paris-Saclay

A la différence de l’exemple précédent, cet exemple présentera à l’occasion d’une crise mondiale, grave, soudaine et inattendue génératrice de nombreuses controverses, les relations entre savoirs, pouvoirs et opinions[20].

La cacophonie des experts, la rupture de l’unité publique des scientifiques, comme par exemple la controverse médicale initiée par une équipe qui souhaitait s’affranchir des normes, ou celle de l’utilité des masques ou encore de l’impossibilité de déterminer l’origine du virus de la Covid, furent rapidement politisées sur les plateaux de télévision et les réseaux sociaux.

Cet exemple abordera l’élaboration de la connaissance et la mobilisation de scientifiques mobilisés par cette pandémie au travers :

  • d’approches statistiques (comparaison des essais cliniques des firmes, normalisation des cas rapportés d’infection et d’hospitalisation, modélisation des développements épidémiques…),
  • de la confrontation de théories et faits (origine controversée du virus SRAS Cov-2, modification génétique des patients vaccinés avec des ARNm, effets de traitements supposés curateurs…),
  • de la politisation des avis scientifiques d’experts[21], issus de la communauté scientifique, et de la « scientifisation » de la politique[22]
  • de la vulgarisation des connaissances et incertitudes par les scientifiques et médias et de leur réception, acceptation ou rejet par les citoyens selon leur formation, connaissance et idéologie[23].

 

 

Les français et la science : faut-il faire confiance aux scientifiques ?

Par Michel Dubois, sociologue, directeur de recherche au CNRS (Groupe d’étude des méthodes de l’analyse sociologique de la Sorbonne).

Des deux exemples des gestions scientifique et démocratique par les scientifiques, journalistes, politiciens et citoyens d’une crise annoncée et d’une crise inattendue quels enseignements pouvons-nous tirer ?

La défiance[24] vis-à-vis de la science et surtout des scientifiques est-elle réellement croissante[25] ou ne s’exerce-t-elle qu’envers des scientifiques en tant qu’experts[26] ? Experts souvent imbus de leur supériorité, choisis selon des critères manquant de transparence, aux comités présidés par des politiques plus que par des scientifiques, quand parfois des intérêts particuliers, souvent cachés, ne biaisent pas leurs jugements.

L’expertise à fin décisionnelle à laquelle sont dès lors réduits les scientifiques peut-elle être transparente, neutre, impartiale[27] ou est-elle toujours sujette à controverse ? Le discernement des citoyens, de mieux en mieux formés mais aussi désinformés, aura-t-il raison des fausses controverses instillées par certains lobbies et médias ? Le politique pourra-t-il toujours impunément exploiter[28] les experts comme bon lui semble ?

Que peuvent nous apprendre les sciences humaines, du philosophe au sociologue, à propos de cet amalgame - et de la tension entre savoir et décision - si fréquent entre science et expertise[29] ? Et qu’en est-il de l’esprit critique[30] des citoyens que devrait développer la formation initiale publique[31] ?

Conclusion

En conclusion les pouvoirs publics ne devraient-ils pas aborder des orientations amont comme d’éviter le pilotage de la recherche de courte vue, dictée par des enjeux à court terme et viser avant tout à développer une connaissance approfondie du monde vivant ?

Quels défis de la soutenabilité, de la durabilité – terme lui-même objet de controverse comme celui de résilience confortant une adaptation à l’inacceptable plus qu’un changement de compréhension et de comportement – devons-nous relever ? De la mobilisation des connaissances en temps de crise à leur consolidation en temps ordinaires. De l’élargissement des savoirs scientifiques utilisés par l’action publique. De l’animation du dialogue science-société.

Dès lors comment développer l’esprit critique ? Esprit critique qui nous rappelle que le doute est sain mais que la méfiance ne l’est pas, le doute collectif devant affiner les savoirs.

Le principe de précaution, si décrié par certains acteurs au profit d’un principe d’innovation, est-il si dépassé ? Revaloriser le principe de précaution c’est à la fois reconnaître qu’on n’est pas capable de mesurer l’ensemble des risques auxquels on est exposé et néanmoins qu’il faut agir dans l’incertitude.

Au final quelle est la place des citoyens dans les usages publics des savoirs ? La pandémie a-t-elle dessiné une forme d’alternative, la démocratie technique entre science et démocratie, ou était-elle une simple mise en scène du débat public ou finalement n’a-t-elle réaffirmé que la primauté du politique sur le scientifique manipulé ? La conférence des citoyens a-t-elle été une simple mise en scène si on la compare à la Conférence des citoyens sur les OGM[32] de 1998 ?

 

L’équipe de l’Association des amis de l’Université populaire du XIVème : Aline Robert, Muriel Tabariès, Monique Paries, Dominique Copin, Alain Gely, Yves Bertheau.

https://up14.blog4ever.com/

 

 

 

[1] https://theconversation.com/les-francais-ont-ils-encore-confiance-dans-la-science-137267

[2] http://www.centre-dalembert.universite-paris-saclay.fr/archives-colloques/2014-recherche-scientifique-et-democratie/

[3] https://journals.openedition.org/chrhc/221

[4] https://www.sciencespo.fr/cevipof/sites/sciencespo.fr.cevipof/files/Barome%CC%80tre_vague11b%20.pdf et https://www.sciencespo.fr/cevipof/sites/sciencespo.fr.cevipof/files/Barome%cc%80tre%20Vague%2012%20bis%20-%20VERSION%20FINALE%20(pour%20mise%20sur%20le%20site%20CEVIPOF).pdf

[5] https://www.polytechnique-insights.com/dossiers/science/que-signifie-avoir-confiance-en-la-science/la-cacophonie-des-experts-de-plateau-a-fait-beaucoup-de-mal/

[6] https://www.polytechnique-insights.com/dossiers/science/que-signifie-avoir-confiance-en-la-science/la-defiance-de-la-science-nest-quune-traduction-du-malaise-democratique/ et https://www.franceculture.fr/oeuvre/de-la-science-et-de-la-democratie

[7] https://www.cnrseditions.fr/catalogue/philosophie-et-histoire-des-idees/la-democratie-a-t-elle-besoin-de-la-science/ et https://www.cairn.info/revue-ecologie-et-politique1-2015-2-page-107.htm

[8] https://journals.openedition.org/lectures/20322

[9] https://fr.wikipedia.org/wiki/Changement_climatique

[10] https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/09/04/a-quoi-sert-encore-le-giec_6093419_3232.html

[11] https://www.editions-lepommier.fr/les-marchands-de-doute-1

[12] https://fr.wikipedia.org/wiki/Controverses_sur_le_réchauffement_climatique

[13] https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/les-enjeux-climatiques-15-l-opinion-est-elle-impermeable-au

[14] https://books.openedition.org/septentrion/15020?lang=fr et https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/embarquer-les-citoyens-principal-defi-face-au-changement-climatique-818288.html

[15] https://www.ipsos.com/fr-fr/changement-climatique-des-citoyens-inquiets-mais-tirailles-entre-necessite-dagir-et-refus-des et https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/11/30/changement-climatique-des-citoyens-inquiets-mais-pas-prets-a-prendre-toutes-les-mesures-necessaires_6061591_3244.html

[16] https://www.conventioncitoyennepourleclimat.fr/ et https://www.vie-publique.fr/eclairage/279701-convention-citoyenne-pour-le-climat-experience-democratique-inedite

[17] https://reporterre.net/La-convention-citoyenne-pour-le-climat-est-profondement-monarchique et https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-25-automne-2020/dossier-suite-de-la-convention-citoyenne-pour-le-climat/article/quelques-critiques-de-la-convention-citoyenne-sur-le-climat

[18] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15b3875_projet-loi#https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/02/28/la-convention-citoyenne-pour-le-climat-juge-severement-la-prise-en-compte-de-ses-propositions-par-le-gouvernement_6071474_823448.html et http://www.slate.fr/story/205727/projet-loi-climat-resilience-critique-rejouir-convention-citoyenne

[19] https://www.conventioncitoyennepourleclimat.fr/ et https://www.vie-publique.fr/eclairage/279701-convention-citoyenne-pour-le-climat-experience-democratique-inedite

[20] https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/quelles_relations_entre_savoirs_pouvoir_et_opinions.pdf

[21] https://www.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2015-3-page-168.htm

[22] https://www.liberation.fr/debats/2020/04/30/le-savant-et-le-politique_1786903/ et https://books.openedition.org/editionscnrs/15310?lang=fr

[23] https://www.persee.fr/doc/phlou_0035-3841_1974_num_72_15_5809_t1_0621_0000_1

[24] https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs-rapport-expertise-et-democratie-final-web-14-12-2018.pdf

[25] https://www.sciencespo.fr/actualites/actualit%C2%A0%C3%C2%A0%A9s/science-la-montée-de-la-défiance/3620

[26] https://www.cairn.info/entre-savoir-et-decision-l-expertise-scientifique--9782738007131-page-11.htm, https://www.cairn.info/journal-participations-2011-1-page-210.htm et https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/la-democratie-a-besoin-d-experts-dignes-de-confiance-590589.html

[27] https://www.echosciences-grenoble.fr/articles/l-expertise-scientifique-et-son-role-dans-le-partage-de-connaissances et https://www.anses.fr/fr/content/la-conduite-de-lexpertise-scientifique

[28] https://journals.openedition.org/cdst/789

[29] https://www.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2012-3-page-9.htm

[30] https://espritcritique.info/ et https://www.franceculture.fr/emissions/la-conversation-scientifique/quest-ce-que-lesprit-critique

[31] https://www.reseau-canope.fr/fileadmin/user_upload/Projets/conseil_scientifique_education_nationale/Ressources_pedagogiques/VDEF_Eduquer_a_lesprit_critique_CSEN.pdf

[32] https://www.lemonde.fr/archives/article/1998/06/12/une-conference-de-citoyens-pour-la-france_3677018_1819218.html, https://www.nss-journal.org/articles/nss/abs/2003/01/nss20031101p3/nss20031101p3.html, http://www.annales.org/re/1999/re04-14-1999/012-021%20Joly.pdf,  https://www.eclm.fr/livre/conferences-de-citoyens-mode-d-emploi/  



22/09/2022
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